Gli Stati Uniti: La porta chiusa. Di Tariq Ramadan.

Les Etats-Unis : La porte fermée 

En Janvier 2004, l’Université de Notre Dame m’a offert un double poste permanent en tant que Henry R. Luce Professor de Religion, Conflit et Promotion de la Paix et Professeur d’Etudes Islamiques dans son Département d’Etudes Classiques. J’ai accepté  ce poste et je m’apprêtais à m’installer définitivement aux Etats-Unis. Après que le Gouvernement américain m’ait octroyé un visa, j’ai loué une maison, inscrit mes enfants dans les écoles et déménagé l’ensemble de mes meubles et affaires. A la veille de mon départ, en juillet 2004, le gouvernement américain m’a fait savoir que mon visa avait été révoqué. Je n’ai reçu aucune explication particulière quant à la cause de la révocation et l’administration indiquait un article du Patriot Act qui s’applique à des individus qui « soutiennent ou approuvent » une activité terroriste.

 

La révocation du visa a été un choc. Certes j’avais critiqué la politique américaine, mais je n’ai eu de cesse de m’opposer au terrorisme sous toutes ses formes. De plus, avant 2004, j’avais visité les Etats-Unis à de nombreuses reprises pour donner des conférences, participer à des colloques, rencontrer d’autres intellectuels et professeurs –  j’ai participé à des conférences et à des colloques organisés et financés par, entre autres,  l’Université d’Harvard, de Stanford, de Princeton de même par exemple que la Fondation Présidentielle William Jefferson  Clinton. J’ai effectivement critiqué certaines des décisions politiques américaines mais j’ai toujours condamné le terrorisme et je continue à le faire aujourd’hui. 

Le gouvernement américain m’invita à reformuler une demande pour un nouveau visa avec l’aide de l’Université Notre Dame, ce que je fis en octobre 2004. Après trois mois d’attente sans réponse, j’ai néanmoins considéré que ce traitement n’était pas respectueux et j’ai décidé de démissionner de mon poste et de reprendre le cours de ma vie en Europe. 

J’avais démissionné de mon poste à l’Université de Notre Dame mais je tenais à ce que mon nom soit lavé des fausses accusations qui circulaient après la révocation du visa et que de soi-disant « experts en terrorisme » véhiculaient sans scrupules. A l’appel insistant d’associations américaines de droits civiques et d’institutions académiques, j’ai refait une demande de visa (visiteur) en septembre 2005 dans l’espoir que le gouvernement américain retire ses accusations infondées sur  le fait que j’aurais approuvé des actions terroristes. Une fois encore, j’ai été confronté au sourd silence de l’administration. Finalement en janvier 2006, les organisations American Civil Liberties Union (ACLU), American Academy of Religion (AAP), American Association of University Professors (AAUP), et PEN American Center décidèrent de poursuivre le gouvernement en justice. En réponse à cette démarche, le gouvernement abandonna son accusation que j’aurais approuvé le terrorisme. Toutefois, il ne me donnait toujours pas de visa d’entrée et affirmait, de façon incroyable, que le processus qui devait décider de m’octroyer un visa pouvait encore durer des années. La Cour Fédérale des Etats-Unis rejeta ce délai indéfini et, en juin 2006, ordonna au gouvernement de m’octroyer un visa ou alors d’expliquer pourquoi il ne le ferait pas. 

Le 20 Septembre, j’ai reçu une lettre de l’ambassade américaine en Suisse. Le contenu de cette lettre me lave de toutes les allégations et accusations qui ont été véhiculées et qui ont circulé à mon sujet après la révocation de mon visa.  Tout ce qui a été dit et répété sur mes soi-disant relations douteuses, mes rencontres avec tel ou tel terroriste, mes enseignements, mes propos ou mes écrits qui encourageraient ou justifieraient le terrorisme, mon double discours, etc. : rien de tout cela n’est retenu.  

Comment alors expliquer la révocation ? Comment justifier le refus de visa ? L’administration américaine me reproche aujourd’hui d’avoir fait des dons (environ six cents euros) à deux associations de solidarité avec le peuple palestinien (Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens, CBSP et sa représentation en Suisse l’ASP, l’Association de Secours Palestinien) dont les objectifs déclarés sont de soutenir des projets sociaux dans les territoires occupés (il est à noter que c’est moi-même – comme le reconnaît l’administration américaine dans sa lettre– qui ait mentionné ces dons lors des interviews). Le gouvernement américain pense apparemment que ces associations financent  des activités du Hamas. Voilà donc établie, et « expliquée », la nature de mon lien avec le terrorisme : Voilà donc pourquoi mon visa est refusé aujourd’hui !  Ce que l’Administration américaine oublie de dire, c’est le début du versement de mes dons précèdent de plusieurs années l’insertion de cette association humanitaire dans leur liste noire (2003) mais surtout que l’Europe, et notamment la France et la Suisse où  le Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens et l’ Association de Secours Palestinien font prioritairement leurs appels aux dons, ne considèrent pas ces dernières comme des organisations suspectes. Depuis de nombreuses années, le Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens, est un partenaire officiel de la ville de Lille avec laquelle il a organisé des manifestations de solidarité avec le peuple palestinien et a participé au jumelage entre la ville de Lille et Naplouse. Mme Martine Aubry, maire de Lille et ancienne Ministre du l’Emploi et de la Solidarité de la République Française, a soutenu et soutient publiquement  jusqu’à aujourd’hui le CBSP 

Deux ans d’investigations approfondies pour apporter cette « justification », cette « preuve ». Dans les faits, l’Administration américaine vient d’établir un démenti définitif à toutes les rumeurs me concernant. Ce que l’Administration américaine vient surtout de confirmer c’est qu’il s’agit bien d’une exclusion idéologique, d’une atteinte à la liberté d’expression qui ne dit pas son nom. Ce sont mes critiques de la politique américaine au Moyen-Orient, en Irak, en Palestine, au Liban et sur le plan intérieur qui gênent et que l’on veut m’empêcher d’exprimer aux Etats-Unis.  

Je continuerai pourtant à dénoncer et à critiquer l’invasion illégale de l’Irak, le silence complice et inacceptable du gouvernement américain quand les civils libanais innocents mouraient par centaines sous les bombes comme le soutien unilatérale et insensé de ce dernier à la politique oppressive d’Israël. Je continuerai, de la même façon, à dénoncer les lois d’exception que l’administration impose au nom de « la guerre contre le terrorisme », les « extraditions extraordinaires », les prisons secrètes dispersées dans le monde et l’usage de la torture. Je continuerai également à soutenir le peuple palestinien et je m’opposerai avec toute l’énergie de mon intelligence et de mon être à l’injustice que subit ce dernier depuis des décennies. Je n’aurais par ailleurs de cesse de soutenir les projets humanitaires qui permettent à ce peuple de survivre et de rester debout. Si le prix à payer pour cet engagement est de ne plus jamais fouler le sol américain, alors je suis prêt à le payer sans la moindre hésitation : il en va de ma conscience et de ma dignité. 

Je continue d’espérer que le gouvernement américain reconsidérera un jour sa décision de m’exclure du pays. Pour l’heure, j’aimerais exprimer mes chaleureux remerciements à l’ACLU, l’AAUP, l’AAR et le PEN ainsi qu’à toutes les institutions académiques et aux Américains ordinaires dont l’indéfectible soutien a permis de faire face aux défis de ces deux dernières années de façon moins pesante. Vous êtes les exemples de ce qu’il y a de meilleur aux Etats-Unis. Vous personnifiez l’esprit et la dignité de votre pays. Merci à vous.

A Closed Door

 

In January 2004, I was offered a double-tenured position at the University of Notre Dame.  I was honoured and pleased to accept the position, and I very much looked forward to becoming part of the academic community in the United States.  After the U.S. government granted me a work visa, I rented a house in South Bend, Indiana, I enrolled my children in school there, and I shipped all of my household belongings.  Then, in July 2004, the U.S. government notified me that my visa had been revoked.  It did not offer any specific explanation for the revocation, but it pointed to a provision of the Patriot Act that applies to people who have “endorsed or espoused” terrorist activity. 

 

The revocation was a complete shock to me.  I have consistently opposed terrorism in all of its forms.  Moreover, before 2004 I visited the United States frequently to lecture, attend conferences, and meet with other scholars – indeed, I had been an invited speaker at conferences or lectures sponsored by, among others, Harvard University, Stanford University, and the William Jefferson Clinton Presidential Foundation.  While I have criticized specific United States policies, I have always condemned terrorism and I continue to do so today.

 

The U.S. government invited me to apply for a new visa and, with the help of the University of Notre Dame, I did so in October 2004.  After three months passed without response from the government, however, I felt I had no choice but to resign my position and resume my life in Europe.      

 

Although I reluctantly resigned my position at Notre Dame, I did not abandon the effort to clear my name.  At the urging of American civic groups and academic organizations whose members wanted to meet with me in the United States, I reapplied for a visa in September 2005 in the hope that the government would retract its baseless accusation that I had endorsed terrorism.  But once again I confronted a deafening silence from the administration.  Finally, in January 2006, the American Civil Liberties Union (ACLU), the American Academy of Religion (AAR), the American Association of University Professors (AAUP), and PEN American Center filed a lawsuit challenging the government’s actions.  In response to the lawsuit, the government ultimately abandoned its accusation that I had endorsed terrorism.  However, the government still did not grant me a visa, and it said, unbelievably, that the process of considering my visa could take years. The federal court rejected the indefinite delay.  In June 2006, it ordered the government to grant me a visa or explain why it would not do so.   

 

On September 21, 2006, after two years of waiting, an explanation at last arrived.  The letter I received from the American embassy, though it refuses my visa application, puts an end to the rumours and baseless allegations that have circulated since my original visa was revoked. After two years of investigation, the State Department cites no evidence of “suspicious relationships”, of meetings with terrorists, of encouraging or advocating terrorism, or of so-called “doublespeak”. Instead, the State Department cites my having donated about 600 Euros to two humanitarian organizations (in fact a French organisation and its Swiss chapter) serving the Palestinian people.  I should note that this was not something that the State Department’s investigation revealed.  To the contrary, as the State Department acknowledges, it was I myself who brought these donations to the State Department’s attention. The U.S. government apparently believes that the organizations to which I gave small amounts of money have in turn given money to Hamas.  But the organizations to which I donated are not deemed suspect in Europe, where I live.  I donated to these organizations for the same reason that countless Europeans – and Americans, for that matter – donate to Palestinian causes: not to provide funding for terrorism, but because I wanted to provide humanitarian aid to people who are desperately in need of it. 

 

After two years of intense investigation, this is the explanation offered for the denial of my visa.  I am of course disappointed in the government’s decision.  At the same, time, however, I am glad that the State Department has abandoned its allegation that I endorse terrorism.    While the State Department has found a new reason to deny my visa application, I think it clear from the history of this case that the U.S. government’s real fear is of my ideas.  I am excluded not because the government truly believes me to be a national security threat but because of my criticisms of American foreign policies in the Middle East; because of my opposition to the invasion of Iraq; and because of my criticism of some of the Bush administration’s policies with respect to civil liberties.  I am saddened to be excluded from the United States.  I am saddened, too, however, that the United States government has become afraid of ideas and that it reacts to its critics not by engaging them but by suppressing, stigmatizing, and excluding them.

 

I remain hopeful that the government will one day reconsider its decision to exclude me from the country. But for now I would like to extend my heartfelt gratitude to the ACLU, AAUP, AAR, PEN and all the civic and academic institutions and the ordinary Americans whose unwavering support has made the challenges of the past two years more bearable.  You truly exemplify what is best in America.  You personify the spirit and dignity of America.  Thank you.

 

 

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